Narges Mohammadi : « Les Iraniens veulent une transition vers la démocratie »
Sortie de prison le 4 décembre dernier, Narges Mohammadi jouit d'une rare bouffée d'air dans son appartement de Téhéran. Ce n'est qu'un sursis : à tout moment, la militante et Prix Nobel de la paix 2023 peut être incarcérée de nouveau par le régime au pouvoir en République islamique d'Iran. Qu'à cela ne tienne, elle multiplie les entrevues avec les médias étrangers. À France Inter, elle a déclaré que le pouvoir à Téhéran exerce Ainsi va la vie de Narges Mohammadi depuis sa première arrestation, en 2009, dans ce pays d'Asie occidentale serré en étau par les mollahs depuis 46 ans. Entrevue avec la militante iranienne Narges Mohammadi Ingénieure diplômée de physique devenue journaliste, puis défenseure des droits de la personne, Narges Mohammadi a été Mais, comme elle le répète, Mais où Narges Mohammadi trouve-t-elle sa force? Narges Mohammadi (à droite) écoute Shirin Ebadi lors d'une rencontre tenue à Téhéran en 2007 et portant sur la défense des droits des femmes. À vingt ans d'intervalle, les deux femmes ont respectivement reçu le prix Nobel de la paix. (Photo d'archives) Photo : Associated Press / Vahid Salemi La République islamique est un régime fondamentalement oppresseur, et c’est notre mission de continuer à nous battre. Toutes ces années de lutte l'ont physiquement affaiblie. En novembre dernier, elle a été hospitalisée pour subir Finalement, nouveau sursis, Narges Mohammadi pose dans son appartement de Téhéran, peu après sa libération provisoire, en décembre. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / NOOSHIN JAFARI (AFP) Sa peine la plus lourde est maternelle, pourrait-on dire. Elle n'a pas pu véritablement élever ses enfants. Et elle ne les a pas vus depuis 2015, soit depuis qu'ils ont fui l'Iran. Je pense que le plus dur pour moi était de ne pas pouvoir voir Ali et Kiana. Durant les dix années où j’étais en prison, je n’ai pas pu entendre la voix de mes enfants pendant cinq ans, car l’administration de la prison m’en empêchait. En exil forcé en France avec leur père, le journaliste iranien Taghi Rahmani, ses jumeaux, une fille et un garçon aujourd'hui âgés de 18 ans, ont reçu à sa place son prix Nobel de la paix en décembre 2023. Kiana Rahmani et son frère, Ali Rahmani, alors qu'ils acceptent au nom de leur mère, Narges Mohammadi, le prix Nobel de la paix, en décembre 2023. (Photo d'archives) Photo : Associated Press / Javad Parsa Mon père est décédé sans avoir entendu ma voix pendant trois mois. Et même pour ses funérailles, ils ne m’ont pas autorisée à sortir de prison, même sous leur surveillance. En tant que mère, elle a vécu des moments déchirants. Narges Mohammadi n'a pas revu ses enfants depuis. En décembre 2023, à Paris, Taghi Rahmani montre une photo de sa femme Narges Mohammadi. Ce journaliste iranien a dû s'exiler en France avec les deux enfants du couple. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / GEOFFROY VAN DER HASSELT (AFP) Malgré ces épreuves, Narges Mohammadi affirme qu'elle n'a Je pense que cette lutte doit continuer, car nous ne sommes pas encore arrivés là où nous devrions être. Ce combat va se poursuivre jusqu’au jour où nous atteindrons la démocratie, la liberté et l’égalité. En 2022, un mouvement de protestation inédit a secoué l'Iran à la suite de la mort d'une Kurde de 22 ans, Mahsa Amini. Arrêtée à Téhéran par la police des mœurs pour port Les manifestations se sont vite transformées en contestation généralisée du joug des mollahs. Dans la foulée, un mouvement appelé Femme, Vie, Liberté est né. Narges Mohammadi y voit un puissant signe d'espoir : Le soulèvement a été durement réprimé : au moins 551 personnes ont été tuées et des milliers arrêtées, selon des ONG de défense des droits de la personne. Le 19 septembre 2022, à Téhéran, des manifestants étaient descendus dans la rue en guise de protestation à la suite de la mort, en détention, de Mahsa Amini, après qu'elle eut été arrêtée par la police des mœurs « pour port inapproprié du voile islamique ». (Photo d'archives) Photo : Getty Images Et selon un rapport d'Amnistie internationale, (Nouvelle fenêtre) aucune enquête pénale efficace, impartiale et indépendante n’a été menée sur les allégations de graves violations des droits de la personne et de crimes de droit international commis par les autorités iraniennes, pendant et après les manifestations. Malgré tout, Narges Mohammadi, qui elle-même refuse de porter le voile, se dit Si je devais résumer ces trois mois passés à l'extérieur de la prison, je dirais que la volonté et la détermination du peuple iranien pour cette transition [vers la démocratie] semblent bien plus fortes que les années précédentes. Les signes de changement sont visibles partout dans la société iranienne, insiste Narges Mohammadi, qui ajoute que Narges Mohammadi, Prix Nobel de la paix 2023 et défenseure des droits de la personne, photographiée le 18 décembre dernier dans son appartement de Téhéran après avoir obtenu une remise en liberté provisoire du régime iranien. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / NOOSHIN JAFARI (Middle East Images) La vie est difficile en Iran, où 92 millions d'habitants tentent de tirer leur épingle du jeu dans une économie grevée par l'inflation, le chômage élevé et les sanctions internationales. Sur l'échiquier politique, la chute du régime de Bachar Al-Assad en Syrie, la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza et au Liban et, enfin, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche sont autant de bouleversements qui placent l'Iran dans une position épineuse. Pour la Nobel de la paix 2023, il est évident que la population est mûre pour une D’après l’expérience que nous, le peuple iranien, avons vécue, en particulier ces dernières années, ce régime est irréformable et constitue un gouvernement inefficace. De la fumée s'élève d'une manifestation en septembre 2022 à la suite de la mort en détention de Mahsa Amini, dans une rue de Téhéran où la photo de l'ayatollah Ali Khamenei est placardée sur un immeuble. (Photo d'archives) Photo : Getty Images Considéré comme un réformateur, l'actuel président, Massoud Pezeshkian, a succédé au conservateur Ebrahim Raïssi, mort en mai dernier dans un écrasement d'hélicoptère. M. Pezeshkian, qui plaide pour des Dans Il reste à la communauté internationale d'en prendre conscience et de lui apporter son soutien, insiste-t-elle. Avec les informations de The Guardian, France inter et nouvelobs.comune tyrannie religieuse qui passe par l'asservissement des femmes
. À 24•60, elle a raconté qu'à la prison d'Evin, lieu de sévices tristement célèbre, elle a été témoin d'histoires bouleversantes de violences et d’abus sexuels contre des femmes
.
arrêtée treize fois, jugée neuf fois et placée en isolement quatre fois
.les murs de la prison ne pourront jamais [la] faire taire
.Cinq de mes procès ont eu lieu uniquement parce que j’avais pris la parole en prison contre les violations des droits des prisonniers politiques, les violations des droits humains dans la société, ou encore les répressions exercées contre les mouvements sociaux dans les rues.
Je considère, dit-elle, que c'est notre devoir, comme défenseurs des droits humains, de nous opposer constamment aux violations des droits fondamentaux.

Au cours des 30 dernières années, il n’y a jamais eu un moment où je n’ai pas été active, que ce soit dans le domaine des droits des femmes, du mouvement étudiant ou des droits humains. Je pense que cette lutte doit continuer, car nous ne sommes pas encore arrivés là où nous devrions être.
Une santé précaire, un moral de fer
une opération très lourde à la jambe
. Les médecins soupçonnaient un cancer, elle qui aurait déjà fait au moins un infarctus en détention. Sitôt opérée, on l'a forcée à réintégrer sa cellule pour 22 jours dans des conditions extrêmement difficiles
, dit-elle.la suspension de l'exécution de mon jugement a été approuvée
. La voici donc chez elle. Pour un temps.

La réalité, c’est que le régime de la République islamique a rendu mes conditions de détention encore plus difficiles après l’attribution du prix Nobel
, affirme Narges Mohammadi. Un peu plus d'un mois après l'annonce de l'Académie Nobel, les autorités ont désactivé sa carte téléphonique, l'empêchant de communiquer avec ses parents, son frère et sa sœur en Iran.Vivre dignement en Iran a un prix élevé
La première fois que j’ai été arrêtée, mes enfants, Ali et Kiana, n’avaient que 3 ans. Kiana venait de subir une opération chirurgicale et avait de la fièvre. Cette nuit-là, à 1 h du matin, les forces de sécurité m'ont arrêtée chez moi, laissant Kiana fiévreuse avec son frère. Je pense que cette période a été l’une des plus difficiles que j’ai vécues en isolement.
La deuxième fois que j’ai été arrêtée, Ali et Kiana avaient 5 ans. Leur père ne vivait pas en Iran, et ils ont dû affronter cette période sans moi...

pas de regrets
, qu'elle n'a pas peur et qu'elle n'a nullement l'intention de quitter son pays. Tant que le peuple lutte, je préfère rester aux côtés des Iraniens
, dit-elle.Chaque être humain aspire à la liberté, à être auprès de sa famille, mais la réalité, c’est qu’en Iran, là où je vis, vivre dignement a un prix élevé.
Une révolte populaire
inapproprié
du voile islamique, la jeune femme est morte en détention, trois jours après son arrestation.Je l’ai déclaré à plusieurs reprises, même lorsque j’étais en prison, que je considère que le rôle actif du peuple dans le changement à venir ainsi que celui des femmes dans le mouvement Femme, Vie, Liberté est un élément essentiel et déterminant.

très optimiste quant aux transformations profondes qu'[elle] observe au sein de la société iranienne
.ce sont les femmes qui en manifestent l'expression la plus marquante
.
Un régime irréformable, un gouvernement inefficace
transition vers la fin de la dictature religieuse, c'est-à-dire un passage au-delà de la République islamique
.
relations constructives
avec l'Occident, jouit cependant de pouvoirs restreints : il est chargé d'appliquer les grandes lignes politiques du chef de l'État, l'ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême
.le message clair et explicite qu'il a transmis au monde
, le peuple iranien s'est montré déterminé à en finir avec la République islamique, affirme Narges Mohammadi.
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